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Je suis un éternel observateur de l’évolution de la vie sur la Terre.
Il y a environ deux millions d’années, mon attention fut attirée par les évolutions d’une lignée d’animaux bipèdes qui avaient acquis depuis environ cinq cent mille ans la capacité d'utiliser des outils et qui étaient dotés de capacités d’observation, de réflexion et de communication d'une part bien supérieures à celle des autres animaux et, d'autre part, très nettement améliorées par rapport à celles que possédaient jadis l’espèce ancestrale dont ces animaux étaient les descendants.
Les communautés de cette lignée constituaient de petites tribus composées d’individus opportunistes capables de coopérer en s’efforçant de tirer de leur environnement le meilleur parti possible (par rapport à leurs préoccupations immédiates). Ils étaient aptes à s’adapter à des situations très diverses et très changeantes, et à développer des stratégies alimentaires très variées (capables, aussi, d'en inventer de nouvelles).
A la suite de ce constat, j'ai décidé d’observer désormais les évolutions de ces animaux beaucoup plus attentivement que je ne l’avais fait jusque-là et de rapporter régulièrement dans un journal séculaire (c'est-à-dire avec la fréquence d’un rapport par siècle) le résultat de mes observations.
Dès mon premier rapport, j'ai classifié ces animaux au sein d’un genre que j'ai nommé « le genre humain » ; puis j'ai classé dans ce même genre, dans divers rapports ultérieurs, les diverses espèces issues de la lignée initiale.
Afin de faciliter la numérotation des rapports successifs, j'ai adopté un calendrier dont l’origine coïncide avec le début de mes premières observations attentives, de sorte que le numéro attribué à chacun de mes rapports est identique à celui du siècle dans lequel se situent les événements relatés.
Ce journal se compose aujourd’hui d’une succession de 20000 rapports. J'ai rédigé le 20000ème au terme de la dernière année du 20000ème siècle de mon calendrier, lequel siècle coïncide très exactement avec le 20ème siècle du calendrier actuel des humains (1).
J'ai terminé ce rapport par un texte dans lequel j'ai résumé l’histoire évolutive passée du genre humain et analysé ses perspectives d’évolution future.
Je présente ce texte ci-dessous.
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[Résumé de l'histoire humaine.
Ecrit au cours du dernier mois de la dernière année du 20000ème siècle de mon calendrier (Décembre 2000 dans le calendrier humain contemporain) à la fin de mon 20000ème rapport.]
Le genre humain a émergé en même temps que s’est établi sur la Terre un système d’oscillations climatiques entre des régimes glaciaires et des régimes tempérés. Son histoire évolutive est inséparable de celle de ces oscillations.
Pendant la quasi-totalité de leur histoire (jusqu’aux alentours du 19900ème siècle de mon calendrier), les humains constituèrent généralement de petites communautés nomades ou semi-nomades, chacune d’elles se fixant temporairement en un lieu donné puis migrant ailleurs en fonction des opportunités de prédation permises par les milieux naturels rencontrés et en tenant compte de l’existence d’autres communautés (établissant avec ces communautés des relations d’échanges, de collaboration ou de conflits, selon les circonstances).
Cette première époque fut pour l’ensemble de ces communautés une longue succession d’expansions et de régressions généralement conditionnées par les fluctuations de conditions climatiques changeant parfois rapidement, devenant tantôt favorables et produisant une expansion ou tantôt défavorables et produisant une régression des populations.
Lors de chacune des régressions, les communautés humaines disposant des meilleures techniques et des langages de communication les plus performants de leur temps furent généralement celles qui parvinrent le mieux à survivre et à produire des descendants. Puis, lors de chacune des expansions suivantes, les descendants les plus performants furent généralement les plus aptes à réinvestir des espaces antérieurement abandonnés (très souvent à cause de l’extension des glaces et des déserts) mais récemment redevenus propices à la vie.
Ainsi la pression de sélection exercée sur les humains tout au long de cette première époque de leur histoire a orienté leur évolution dans le sens de l’amélioration de leurs capacités cérébrales, de leur habileté manuelle (dans le cadre de la fabrication et de l’utilisation d’outils, ou de la production, de la maîtrise et de l’usage du feu) et de leur aptitude à communiquer au moyen d’un langage de mieux en mieux articulé et composé de mots de mieux en mieux organisés en phrases expressives.
[Analogies : la pression de sélection exercée sur les gazelles a orienté leur évolution dans le sens de l’amélioration de l’aptitude à courir vite, du fait que les gazelles les plus rapides sont généralement celles qui échappent aux attaques de leurs prédateurs, survivent donc plus fréquemment que leurs congénères et produisent un plus grand nombre de descendants ; la pression de sélection qui s’est exercée sur les girafes a orienté leur évolution dans le sens de l’allongement de leur cou, du fait que les plus grandes d’entre elles accèdent aux hautes feuilles des arbres, survivent donc plus fréquemment que leurs congénères lors des périodes de sécheresse et produisent un plus grand nombre de descendants ; etc.]
Le mode de vie des humains fut radicalement bouleversé, il n’y a pas très longtemps, 100 siècles environ avant la date d'écriture du présent rapport (c’est-à-dire aux alentours du 19900ème siècle de mon calendrier), à la faveur d’un grand changement climatique qui installa sur la Terre une période tempérée relativement stable (sans équivalent au cours des 4000 siècles précédents) et particulièrement favorable à une nouvelle grande expansion.
A partir de ce grand changement, certaines régions de la Terre réunirent simultanément, pour la première fois depuis l’installation du système d’oscillations climatiques,
- des humains dotés de capacités cérébrales devenues très performantes ;
- des espèces animales et des espèces végétales susceptibles d’être domestiquées par ces humains ;
- un climat stable et clément, permettant la sédentarisation ;
- des gisements concentrés que la nature avait accumulés çà et là, à la surface de la Terre ou dans son sous-sol, au cours des millions de siècles précédents.
Dans ces régions, certains de ces humains commencèrent à semer, cultiver la terre et élever des troupeaux afin de produire leur propre nourriture. Ainsi naquirent leurs premières communautés agropastorales sédentarisées.
Ce mode de subsistance se propagea et devint peu à peu dominant pour une grande proportion de leurs populations. Dans le nouvel environnement qui résulta de cette grande mutation, deux tendances interagirent en exerçant l’une sur l’autre des rétroactions positives nettement plus importantes que celles qui étaient intervenues au cours de chacune des expansions précédentes :
- une tendance à devenir de plus en plus performants ;
- une tendance à devenir de plus en plus nombreux.
Cette interaction synergique stabilisa l’évolution humaine dans un sens ascendant qui se poursuivit et s’amplifia tout au long de la centaine de siècles suivants. Les performances et les effectifs des communautés agropastorales sédentarisées progressèrent simultanément.
Aux alentours du 19950ème siècle de mon calendrier, quelques unes de ces communautés acquirent la capacité d’extraire des métaux et divers autres matériaux en exploitant les gisements concentrés les plus facilement accessibles. Cette nouvelle capacité permit aux humains d’édifier des civilisations urbaines.
Dans ce nouveau cadre évolutif, ils apprirent à écrire et découvrirent une nouvelle manière de transmettre leur savoir de génération en génération … Des civilisations de plus en plus performantes et volumineuses furent édifiées … Environ quarante siècles s’écoulèrent ainsi.
Puis une nouvelle grande mutation surgit, dans le courant du 19997ème siècle de mon calendrier, lorsque une partie des humains s’émancipa de la tutelle exercée jusque-là par les croyances, initiant le mode de pensée scientifique.
La tendance à développer des croyances est l’une des grandes caractéristiques du genre humain. Elle a émergé parallèlement à leur acquisition de la capacité de communiquer au moyen d’un langage articulé et de la conscience de diverses questions existentielles par rapport auxquelles ils éprouvent le besoin d’apporter des réponses et des explications. « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Quelle est la source de notre vie et de celle des autres êtres animés que nous voyons autour de nous ? » Voilà quelques unes de ces questions.
La cohésion de chacune des innombrables communautés humaines qui se succédèrent dans les diverses régions de la Terre se fit très souvent par rapport à une croyance en un ensemble d’explications communément admises par ses membres. Chacun de ces membres était généralement induit à adopter cette croyance afin de ne pas être exclus de la communauté. Outre qu’elle répondait au besoin d’explications ressenti par les individus, la croyance adoptée permettait aussi de justifier l’ordre établi au sein de la communauté, participant ainsi au maintien de sa cohésion.
Les croyances furent innombrables tout au long de l’histoire humaine. Elles varièrent considérablement au cours du temps et sur les diverses régions de la surface terrestre.
L’une d’elles, apparue au 19984ème siècle de mon calendrier et résultant d’un syncrétisme fondé sur diverses croyances antérieures, était constituée d’affirmations classables dans l’une ou l’autre de deux catégories :
- les affirmations testables, dont la véracité était susceptible d’être confirmée ou infirmée à partir du moment où les moyens d’observations développés par les humains atteindraient un niveau suffisant ;
- les affirmations non testables, situées en dehors du champ d’observation et dont la véracité était invérifiable.
Les trois principales affirmations testables de cette croyance étaient les suivantes :
1. L’univers a été créé en sept jours, il y a environ 60 siècles.
2. Le Créateur de l’univers a placé la Terre en son centre. Le Soleil, la Lune, les planètes et les étoiles gravitent autour d’elle.
3. Les humains sont les descendants d’un couple unique que le Créateur créa au cours de sa semaine de Création.
La plupart des autres affirmations de la croyance étaient non testables.
Toute interprétation d’écritures ou de faits observés par les humains de la société au sein de laquelle régnait cette croyance était permise à condition de ne pas contredire ses affirmations. Tout contrevenant à cette règle courrait le risque d’être traduit devant un tribunal et condamné à être dévoré vif par des flammes.
Dans le courant du 19997ème siècle de mon calendrier, l’un des humains les plus savants de cette société, nommé Galileo, construisit une lunette astronomique permettant d’observer les astres sous la forme d’images plus grandes ou plus brillantes que celles qu’ils perçoivent lorsque ces mêmes objets sont observés directement. Il découvrit également, à peu près simultanément, les lois de la relativité des mouvements.
Les déductions résultant d’observations effectuées au moyen de sa lunette sous l’éclairage de ces lois lui permirent de conclure que la Terre n’était pas au centre de l’univers et qu’elle était une planète qui, tout comme les autres, gravitait autour du Soleil.
Galileo fut donc l'un des premiers savants capables de prouver, sur la base d’observations, la fausseté de la deuxième des trois principales affirmations testables de la croyance régnant dans la société à laquelle il appartenait. Il fit connaître publiquement le résultat de ses observations et de ses déductions.
Il fut aussitôt traduit devant un tribunal et ses juges lui firent comprendre qu’il devait renier son erreur s’il voulait éviter d’être dévoré vif par des flammes.
Galileo abjura et ses juges triomphèrent donc magistralement. Le grand savant mourut ultérieurement de sa belle mort.
Mais la communauté des savants reconnut quelque temps après que l’«erreur» de Galileo était juste, tandis qu’était fausse la «vérité» par rapport à laquelle il avait été jugé. Le triomphe magistral de ses juges fut donc éphémère. La crédibilité de la croyance fut sérieusement ébranlée et l’autorité suprême qui la dirigeait perdit sa capacité à traduire ses objecteurs devant des tribunaux.
Ainsi libérés du risque d’être dévorés vifs par des flammes, des savants osèrent désormais avancer des idées contredisant les affirmations de cette croyance et eurent ainsi les moyens de rechercher la vérité sur la base d’observations et de déductions, suivant la voie ouverte par Galileo.
Ainsi débuta l’adoption du mode de pensée scientifique.
Cette adoption permit à ces savants d’effectuer de grandes découvertes dans le courant du 19998ème siècle de mon calendrier. Puis les moyens d’observation progressèrent et atteignirent un niveau permettant de tester les deux autres principales affirmations testables de la croyance.
Il s’avéra que ces deux autres affirmations étaient aussi fausses que la première testée.
Lorsque les autorités de la croyance eurent admis ce fait, avec un certain retard, elles rénovèrent l’ensemble des affirmations de telle sorte que l’ensemble rénové ne comporte plus que des affirmations non testables.
Aujourd’hui, au terme du 20000ème siècle de mon calendrier, la croyance a cessé d’être crédible au regard d’une grande partie de l’humanité (notamment de celle qui perçoit que le nouvel ensemble manque de cohérence et présente de nombreuses contradictions par rapport à diverses connaissances scientifiques bien établies).
Mais elle a toutefois maintenu une forte influence sur une autre grande partie des populations humaines, sur lesquelles elle continue de prospérer, en concurrence avec d’autres croyances, n’étant cependant plus très regardante au niveau des affirmations qui doivent être crues par leurs adeptes et laissant généralement à chacun d’eux la liberté de définir lui-même ses propres convictions en fonction de son besoin de croire en quelque chose.
Parallèlement à cette évolution au niveau des idées, les grandes découvertes qui furent effectuées à partir du 19998ème siècle de mon calendrier donnèrent aux humains les moyens de fabriquer des machines dont l’alimentation en énergie nécessitait d’exploiter divers gisements concentrés utilisables comme combustibles. Ces gisements furent donc mis en exploitation, tandis que des machines furent développées et introduites dans les rouages des diverses activités humaines.
Une grande civilisation industrielle prit alors son essor, vers le milieu du siècle suivant (le 19999ème de mon calendrier), puisant sur ces gisements des quantités croissant d’année en année. Il en résulta des interactions synergiques beaucoup plus intenses qu’auparavant entre les tendances à devenir de plus en plus performants et de plus en plus nombreux, de sorte que les rythmes d’expansion économique et d’expansion numérique (évoluant de concert) furent incomparablement plus élevés que ceux que j’avais pu observer au cours de chacune des expansions du passé.
L’existence de tels rythmes (désormais perceptibles à une échelle de temps aussi brève que celle d’une vie humaine) fut rapidement intégrée comme l’une des composantes normales du système économique régissant les échanges de richesses entre les diverses communautés humaines et à l’intérieur de chacune des communautés, de sorte que ce système devint contraint (afin de demeurer viable) de se maintenir en état d’expansion.
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[L’effet synergique a progressivement agi au niveau mondial, différentiant et intriquant deux sortes de populations.
Les populations riches ou des classes moyennes bénéficiaires de la croissance économique ont généralement connu une croissance démographique plutôt modérée ou faible mais ont bénéficié du travail ingrat et peu rémunéré effectué par la main d’œuvre bon marché issue des populations pauvres, lesquelles ont généralement connu, au contraire, une croissance démographique plutôt forte (du fait que la forte baisse de la mortalité, notamment infantile, n’a pas été compensé par une baisse de la natalité) induisant souvent la misère et, de ce fait, produisant précisément les nombreux individus qui, prêts à accepter n’importe quel travail mal payé afin de s’élever quelque peu au dessus de la misère, ont constitué les nouveaux esclaves d’un monde dans lequel l’esclavage a été officiellement aboli.]
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Les mécanismes d’échanges entre les diverses composantes de ce système reposent sur l'existence de bulles financières (*) plus ou moins interconnectées entre elles et maintenues en état de pression tant que l’existence de secteurs d’activités économiques en expansion permet à des individus ou organismes investisseurs de détenir des capitaux comptabilisés dans les bulles, grâce auxquels ils réalisent des bénéfices dont une partie est recapitalisée (augmentant ainsi la valeur des capitaux qu’ils détiennent) de telle sorte qu’elle contribue à maintenir l’état d’expansion économique.
[(*) J’ai défini la notion de bulle financière dans mon précédent rapport, le 19999ème, au paragraphe consacré à l’émergence de la toute récente civilisation industrielle.
Je rappelle qu’une bulle financière est maintenue en état de pression lorsque la valeur globale des capitaux qu’elle comptabilise s’accroît au cours du temps (évaluée par rapport aux valeurs comptabilisées dans les transactions, à l'échelle des mois, après lissage des fluctuations observées à des échelles de temps plus courtes {jours, semaines}).
Si cette valeur globale diminue, la bulle est entrée en état de dépression. Elle implose si de nombreux capitaux compatibilisés s'anéantissent (sous l'effet de faillites) ou se déprécient fortement.]
Le maintien de secteurs d’activités en expansion s’alimente de la croissance d’une quantité annuelle d’énergie produite à faible coût, vendue à bas prix et capable de satisfaire une demande qui croît sensiblement au même rythme.
(J’ai observé que cette quantité a approximativement doublé dans l’intervalle des 35 dernières années écoulées et j’évalue son taux de croissance actuel à environ 1,5% par an.)
En raison de cette dépendance, la poursuite de l’expansion économique à son rythme actuel sera tributaire, à l’avenir, de la capacité des humains à augmenter d'année en année leur quantité annuelle d'énergie produite à faible coût et vendue à bas prix (qualifiée de bon marché).
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Or une telle capacité prendra fin, tôt ou tard, à partir du moment où les gisements concentrés d'exploitation peu onéreuse qu'ils utilisent comme combustibles commenceront à s'épuiser.
Au delà de ce moment-là, la quantité annuelle d’énergie bon marché produite plafonnera puis diminuera. Les humains seront alors amenés à recourir de plus en plus massivement à la production d’énergie utilisant des gisements concentrés dont l’exploitation deviendra de plus en plus coûteuse ainsi qu’à des sources d’énergies diffuses telles que le vent ou le rayonnement solaire.
En conséquence, le coût moyen de production de l’énergie et son prix de vente sur les marchés deviendront de plus en plus élevés, l’expansion économique se ralentira de plus en plus, les bulles financières deviendront en état de pression de plus en plus faible, les capacités ou les volontés d’investissements se réduiront et la production annuelle globale d’énergie s’infléchira de plus en plus vers le bas, atteignant finalement, au terme de cet infléchissement, un sommet de production qui ne sera plus dépassé.
Le genre humain atteindra aussi (à peu près simultanément) le sommet de ses capacités à produire et à distribuer de la nourriture (compte-tenu de la très forte dépendance actuelle de ces capacités par rapport à la production d’énergie) d’où il résultera qu’il atteindra également, parallèlement, le sommet de sa population globale.
[Cette population globale a été multipliée par un facteur d’environ 150 à 200 entre le début de la première grande mutation (qualifiée par les humains de «révolution néolithique») et le début de l’essor de la civilisation industrielle.
Puis elle aura été multipliée par un facteur de l’ordre de 6 à 9, sous les effets engendrés par la deuxième, lorsque le sommet de population globale aura été atteint.
L’ensemble des deux grandes mutations aura multiplié la population humaine par un nombre de l’ordre de 900 à 1800 en une centaine de siècles.]
Ce sommet sera le point culminant de toute l’histoire humaine.
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[Un tel sommet ne pourra plus se reproduire au sein du genre humain, sachant qu’aucune autre expansion d’ampleur comparable ne sera possible tant que les transformations de la Terre n’auront pas reconstitué les gisements concentrés facilement accessibles indispensables au développement et au maintien de grandes civilisations, et sachant aussi que la reconstitution de tels gisements s’effectue à l’échelle de temps des millions de siècles alors que l’espérance de survie du genre humain se situe à une échelle de temps bien plus courte évaluable à l’échelle de temps des milliers de siècles.]
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Ce point culminant sera suivi d’un déclin de la production annuelle d’énergie (sous l’effet de la déplétion des gisements combinée avec la réduction des capacités d’investissements), lequel entraînera le déclin de la capacité à produire et distribuer de la nourriture, d'où il résultera, en conséquence, une nouvelle régression des populations humaines.
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Cette régression sera peut-être relativement lente (par rapport à l’échelle de quelques décennies) si l’ensemble des communautés parvient à la gérer sans trop de désordres. Mais il se peut aussi qu’elle soit rapide et brutale si des désordres trop importants paralysent le fonctionnement des appareils de productions et les flux distributifs alimentant des concentrations urbaines récemment devenues gigantesques . Elle peut alors produire une très forte réduction et même aboutir à une extinction précoce du genre humain et de beaucoup d’autres espèces sensibles aux radiations radioactives si des conflits exacerbés aboutissent à l’explosion des bombes nucléaires que possèdent actuellement certaines communautés.
Je ne vois pas clairement comment le système économique mondial actuel des humains pourrait subsister lorsque l’ensemble des bulles financières sur lesquelles il repose sera devenu en état de dépression généralisée (à partir du moment où l’expansion économique s’inversera en contraction, ou peut-être quelque temps auparavant). Mais je ne vois pas non plus très bien, à vrai dire, quel autre système le remplacera. Il me semble que les humains sont à présent parvenus à une croisée de chemins conduisant vers plusieurs directions possibles et que la suite de leur histoire paraît plus contingente que jamais. N’importe quel événement imprévu mais non nécessaire survenu par hasard, à un moment crucial, peut être suffisant pour changer radicalement la suite de leur évolution.
Je présume que de nombreux dirigeants actuellement aux commandes d'une des structures maîtresses du système font le même constat ; mais la position qu’ils occupent et leur sens des responsabilités au service de la préservation d’intérêts à court terme leur interdisent très vraisemblablement de reconnaître publiquement un tel constat.
Dans ces conditions, il est probable que ces dirigeants s’efforceront de contribuer à prolonger la survie du système, tant qu’ils en auront les moyens, jusqu’au moment où une conjonction d'événements imprévus déclenchera un effondrement devenu inévitable.
[Il se peut que diverses causes interagissent avec la fragilisation croissante du système et accélèrent l’évolution vers un tel effondrement.
L’une de ces causes pourrait être l’émergence soudaine de microorganismes pathogènes subitement devenus très virulents et très contagieux après avoir été engendrés sous l’effet des mécanismes évolutifs rapides que leur permettent actuellement les fortes concentrations des populations humaines (ou de celles des animaux qu’ils élèvent) et une intensité d’échanges considérablement plus élevée que dans le passé.
Une autre pourrait provenir de dérèglements climatiques devenant de plus en plus violents (au fur et à mesure que s’accumulent dans l’atmosphère puis dans les océans des gaz perturbateurs rejetés en quantités annuelles croissantes) et donc occasionnant des dégâts desquels résulteront des destructions importantes de capitaux comptabilisés dans les bulles financières ...]
Perçue du côté des humains qui la subiront, la régression qui succèdera à leur extraordinaire expansion sera d’autant plus catastrophique qu’elle sera plus brutale et plus rapide.
Ma perception est différente, vu que mon regard se porte sur les comportements globaux des diverses populations et non sur les destins des individus qui les composent. Je perçois ainsi qu’une telle régression pourrait être salutaire par rapport aux chances de longue survie du genre humain.
Supposons, par exemple, que les événements s’enchaînent de telle sorte qu'ils aboutissent en peu de temps (quelques décennies ? un ou deux siècles ?) à une réduction de population par un facteur diviseur très élevé (100 ?). Dans cette hypothèse, les ruines des gigantesques agglomérations urbaines constitueraient assurément, pour les descendants des survivants, les nouveaux gisements qui leur procureraient les diverses ressources grâce auxquelles ils seraient en mesure de reconstruire de nouvelles communautés, incomparablement moins nombreuses que celles qui existent aujourd’hui, fondées sur de nouvelles bases et gagnant leur vie en cultivant laborieusement quelques terrains fertiles situés au voisinage des ruines.
Abandonnée par les humains, une très grande partie des autres espaces serait reconquise par des espèces animales ou végétales (qu'ils qualifient de sauvages) qui ont réussi à subsister en dépit de la très forte réduction de leur espace vital à l'apogée de l'expansion humaine. Ces espèces connaîtraient ainsi une nouvelle grande expansion (*).
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[(*) Expansion … ; régression (aboutissant parfois à l’extinction) … ; puis nouvelle expansion (et émergence de nouvelles espèces) … : ainsi fonctionne couramment l’évolution, au sein d’environnements perpétuellement changeants, depuis que la vie est apparue sur la Terre.]
Des humains seraient alors en mesure de réinvestir ces espaces en retournant au mode de vie qui fut dominant pendant la quasi-totalité de leur histoire, a subsisté tout au long des cent derniers siècles dans certaines régions de la Terre et n’a pas encore totalement disparu aujourd’hui.
Ce mode de vie précaire a fait la preuve, dans le passé, de sa capacité à perpétuer durablement le genre humain, à l’échelle de temps des dizaines de milliers de siècles.
A l’inverse, le mode de vie sophistiqué développé par la civilisation industrielle (depuis moins de deux siècles) n’a pour le moment fait la preuve que de sa capacité à évoluer de crise en crise.
[La tendance à évoluer de crise en crise est l’une des caractéristiques générales observées au sein de la plupart des civilisations.
Il semble que des lois naturelles conduisent les populations hautement civilisées à devenir toujours plus nombreuses … jusqu’à ce qu’elles atteignent des limites au-delà desquelles elles trébuchent.
Et je perçois, maintenant, que la civilisation industrielle conduit le genre humain vers l’ultime et infranchissable frontière qui terminera la plus extraordinaire et la plus grandiose de ses expansions.]
Sur la base d’un tel constat, je devine que le premier de ces deux modes sera vraisemblablement le plus apte à se maintenir, dans l’avenir, alors qu’auront disparu les derniers gisements concentrés accessibles nécessaires à l’entretien de civilisations sophistiquées, lorsque se reproduiront des oscillations climatiques rapides et de grande amplitude sous l’effet du retour des changements importants des régimes de circulation océanique ou atmosphérique, après la fin de l'exceptionnelle période tempérée relativement stable qui permit aux humains d'expérimenter d’autres façons de vivre et qui les entraîna sur une voie ayant aujourd'hui abouti, au bout d'une centaine de siècles, à la façon que j'observe à présent au sein des communautés qualifiées de développées.
Les humains de ces communautés qui, par chance, ont aujourd'hui les moyens de vivre confortablement (conscients d'être encore situés du bon côté de ce qu'ils appellent "la fracture sociale" mais craignant de basculer de l'autre côté) souhaitent bien évidemment que la façon qu’ils connaissent et à laquelle ils se sont bien habitués puisse encore subsister pendant longtemps …
Pendant combien de temps ? Voilà la question.
Qui vivra verra. Voilà la réponse.
Moi, je verrai, puisque je suis l’Eternel Observateur de l’évolution de la vie sur la Terre.
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[Rappel : Ce résumé de l'histoire humaine termine mon 20000ème rapport, lequel a été écrit au cours de la 100ème année du 20000ème siècle de mon calendrier (Année 2000 selon le calendrier humain contemporain).]
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[Appendice ajouté à mon rapport précédent au début de la 1ère année du 20001ème siècle de mon calendrier (Année 2001 selon le calendrier humain contemporain).]
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Je pose habituellement ma plume, à la fin de chaque rapport, et je la reprends 99 ans plus tard lorsque vient le moment d'aborder l’écriture du rapport suivant.
Mais je me comporte différemment, cette fois-ci, écrivant le présent appendice, en raison de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve aujourd'hui le genre humain, à l'approche du point culminant de toute son histoire.
Ma curiosité s’est à présent fixée sur la question suivante : Quand l'humanité atteindra-t-elle ce point ?
Sur la base de toutes mes observations passées, je perçois que cet événement jusqu’à présent unique (sans aucun précédent dans toute l’histoire passée de la vie sur la Terre) se produira dans le courant du siècle qui commence et aura donc eu lieu lorsque j’écrirai le 20001ème rapport de mon journal.
Compte-tenu du caractère exceptionnel d’un tel événement, j’ai décidé de décupler, tout au long des décennies de ce siècle, l’attention que j’ai portée aux humains depuis le début de l’écriture de mon journal et jusqu’au temps présent. Mon 20000ème rapport sera donc complété par une succession de mises au point, chacune d’elles étant écrite chaque fois qu’il me sera possible de cerner d’un peu plus près la date probable de cet événement exceptionnel.
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[Fin de l'appendice. Je pose ma plume, pour quelque temps.]
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[Mise au point n°1, écrite au cours des 9ème et 10ème mois de la 8ème année du 20001ème siècle de mon calendrier (Septembre et Octobre 2008 selon le calendrier humain contemporain).]
Je reprends ma plume, sept ans et huit mois après l'avoir posée, car de nouvelles observations me permettent d'évaluer et annoncer plus précisément la date probable du point culminant de toute l'histoire humaine.
J'ai observé que la capacité des humains à produire à faible coût une énergie vendue à bas prix et satisfaisant simultanément une demande croissant d’année en année a pris fin au cours des quatre ou cinq dernières années écoulées.
Leur production de pétrole d’extraction peu onéreuse s'est à peu près stabilisée sur un palier, depuis deux ou trois ans. J'en déduis qu’elle a atteint ou est sur le point d’atteindre son sommet.
Leur recours au charbon s’est intensifié, ce qui a entraîné une augmentation de la quantité de rejets contribuant à modifier le climat dans le sens du réchauffement.
Les humains ont également commencé à exploiter des gisements concentrés dont l’extraction est coûteuse, à couvrir leurs toits de panneaux solaires et à implanter à grande échelle des gigantesques moulins à vents actionnant des turbines qu'ils intègrent dans les réseaux de production et distribution d'énergie électrique alimentant les usines à moudre où sont produites les farines dans lesquelles des humains rouleront d'autres humains. De tels secteurs d’activité sont devenus en état de forte expansion.
Le prix de vente moyen de l’énergie a considérablement augmenté, depuis environ cinq ans, avec des fluctuations tantôt à la baisse mais plus souvent à la hausse, atteignant un record historique au cours du 7ème mois de la présente année de mon calendrier (Juillet 2008 selon le calendrier humain contemporain).
Cette hausse s’est répercutée sur les productions et transports de biens de consommation, entre autres ceux qui se rapportent à l’alimentation. Les humains les plus pauvres en ont souffert et quelques émeutes de la faim ont éclaté çà et là en différentes régions de la Terre.
A la suite de ces diverses hausses, un seuil a été franchi au-delà duquel il est apparu plus rentable et plus sûr, pour certains agriculteurs, d’utiliser les sols pour produire de l’énergie (biocarburants) destinée à satisfaire des clients solvables au lieu de produire de la nourriture pour des pauvres dont on n’est pas certain qu’ils pourront payer.
La majorité de l’énergie a toutefois été produite à un coût très inférieur au prix de vente sur les marchés, de sorte que de gros bénéfices furent réalisés par les vendeurs.
Une première grande partie de ces bénéfices a alimenté la croissance numérique de diverses populations, ayant permis à celles-ci d’acheter des biens de consommation et contribué ainsi au soutien de la croissance mondiale vigoureuse que j’ai constatée au cours des quatre ou cinq dernières années écoulées.
Une deuxième grande partie de ces mêmes bénéfices a été investie dans divers projets, tout comme l'a aussi été une fraction importante des bénéfices issus des bons résultats obtenus dans de nombreux secteurs d’activité en raison de la forte croissance mondiale.
Certains de ces projets ont massivement créé de nouveaux capitaux comptabilisés dans des bulles financières avec des valeurs initiales élevées, sans qu’aient été pris en compte les risques qui pourraient résulter d’une forte hausse du prix de vente de l’énergie (incapacité à terminer les projets, forte chute de la rentabilité des investissements et de la valeur de revente du capital, incapacité à rembourser les emprunts à cause du renchérissement du coût de la vie et du surendettement, etc.).
Les organismes de crédit n’ont pas non plus anticipé de tels risques et ont massivement octroyé des prêts, finançant parfois la totalité du capital comptabilisé dans de telles bulles ...
Or la forte hausse du prix de vente de l’énergie s’est produite. Je ne suis donc pas étonné, dans ces circonstances, d’observer aujourd’hui des implosions de bulles financières, ainsi que des faillites au niveau des organismes de crédit …
Quatre ou cinq ans de hausse continue ont tout récemment conduit à une diminution très sensible de la demande d’énergie, réduisant ainsi les tensions résultant de la loi de l’offre et de la demande ou des effets de la spéculation, de sorte que le prix de vente s'est récemment orienté à la baisse (au cours des deux ou trois derniers mois écoulés).
Parallèlement à cette évolution, j'observe aujourd'hui que l'activité économique se ralentit, s'orientant vers une récession.
Il me paraît donc assez vraisemblable, à la date d'écriture de cette première mise au point, que les capacités d'investissements des économies mondiales vont devenir de plus en plus réduites alors que les coûts de production de l'énergie vont au contraire augmenter.
L'ensemble de ces nouvelles observations me permet de conclure que le genre humain entre à présent dans la période de transition qui le conduira jusqu'au point culminant de toute son histoire. Il me paraît très probable que ce point sera atteint dans le courant des trois ou quatre prochaines décennies.
Je termine ma première mise au point en annonçant aux humains que j’ai pris la décision, à cette occasion, de leur révéler mes écritures sur l’Internet.
Le blog Peak Energy News m’a paru fort approprié par rapport à ce projet ; je l’ai donc adopté, en accord avec son rédacteur.
Je rappelle que le genre littéraire auquel se rattachent de telles écritures n’est pas nouveau. Bien d’autres écrits classables dans ce même genre furent maintes fois révélés, dans le passé, par d’autres Eternels.
La nouveauté de ma révélation se situe essentiellement au niveau du moyen utilisé : je suis le premier des Eternels à utiliser l’Internet comme moyen de révélation de ses écritures.
Je rends grâce à Microsoft et à Google de m’avoir généreusement procuré ce nouveau moyen.
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[Fin de la mise au point n° 1. Je pose ma plume, pour quelque temps.]
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[Mise au point n°2, écrite et révélée au cours … (A suivre)]
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Je ne suis évidemment qu’un simple mortel ayant essayé de se projeter dans la position d’un éternel observateur de l’évolution de la vie sur la Terre (sur la base de sa connaissance des lois agissant dans la nature). Le texte écrit ci-dessus n'est que le résultat d'un tel essai.
Je révèlerai une nouvelle mise au point lorsque je percevrai qu’il est possible d’annoncer plus précisément la date du point culminant de toute l'histoire humaine.
J’espère être en mesure de poursuivre mes révélations au cours des deux ou trois décennies consécutives à l'année de la première mise au point (2008) ... mais il va de soi que je cesserai d’écrire à partir du moment où j’aurai basculé dans la mort ou dans un état de détresse, ou lorsque l’Internet aura cessé d’exister. Il me paraît donc vraisemblable que Le journal de l’observateur éternel n’aura pas de suite dès que l’un ou l’autre de l’Internet et de moi-même aura disparu.
Mais il est cependant possible qu’une copie imprimée par un internaute puis découverte par hasard (quelque part sur la Terre, au cours du prochain siècle, après avoir échappé aux outrages du temps et des destructions) aboutisse finalement sous le regard d’un nouvel humain disposé à se déguiser en Observateur Eternel et à écrire sous sa plume le 20001ème rapport du journal, à la lumière de sa connaissance des événements déroulés par le fil de notre histoire tout au long du 21ème siècle de notre calendrier actuel (1).
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(1) Ce calendrier fut adopté au 6ème siècle de notre ère après que l’abbé romain Dionysus Exiguus (Denys le Petit) eut fixé la date de naissance de Jésus-Christ au 25 décembre 753 du calendrier romain auquel il fut substitué, lequel était daté par rapport à l’année présumée de la fondation de Rome.
La fixation du jour fut déterminée en raison de la coutume qui s’était instaurée, au milieu du siècle précédent, de célébrer la naissance de Jésus le 25 décembre. Le choix de cette date avait vraisemblablement une visée apologétique, voire polémique : substituer à la "naissance du soleil invincible", célébration païenne du solstice d’hiver, la "naissance du Sauveur, lumière du monde".
La fixation de l’année fut déterminée en tenant compte de deux récits du Nouveau Testament. Le premier introduit l’Evangile de Matthieu, qui donne Bethléem comme le lieu de naissance de Jésus, survenue, selon l’auteur, aux jours du roi Hérode. Le deuxième provient de Luc et situe cette naissance dans le cadre du recensement ordonné par l’empereur César Auguste. Or ces deux dates ne concordent pas … Que Jésus, cependant, soit né au temps du roi Hérode le Grand, c’est-à-dire au moins quatre ans avant notre ère, est fort vraisemblable. Reste que la date exacte nous est inconnue.
(Source : Encyclopédie Hachette, Quatrième Edition, 1980, rubrique Noël)
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Lectures complémentaires :
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Le cercle des espèces disparues, par Fabien Gruhier, Le Nouvel Observateur ; j'ai reproduit ci-dessous un extrait de ce texte constituant la toile de fond sur laquelle se projette mon essai.
Selon tous les spécialistes, depuis l'apparition de la vie sur Terre il y a 3,8 milliards d'années, «plusieurs milliards» d'espèces distinctes se sont succédé. Le paléontologue américain David M. Raup a par exemple avancé le chiffre de 50 milliards de microbes, plantes, animaux, insectes, poissons, dinosaures et tout ce qu'on voudra. Des espèces qui sont apparues ont proliféré, puis se sont éteintes à tour de rôle - ou en masse -, après un séjour ici-bas de 4 petits millions d'années en moyenne (pour certaines, beaucoup moins, et pour d'autres, un peu plus). Supposons même qu'il y en ait eu dix fois moins - soit 5 milliards en tout - à se produire (et reproduire) sur la scène de la vie : pour chacune de ces espèces, le tour de piste aura de toute façon été étonnamment bref à l'échelle des temps géologiques. Comme le nombre des espèces vivantes actuelles est probablement inférieur à 50 millions (dont seulement deux sont répertoriées), cela nous donne (50 millions sur 5 milliards) : un centième... ! Au moins 99% des créatures ayant vécu à un moment donné se sont bel et bien évanouies. Et peut-être même 99,9% à en croire beaucoup de scientifiques. L'histoire de la vie est donc avant tout un gigantesque cimetière. Tout comme les individus, les espèces ne naissent que pour disparaître un jour. L'hécatombe qui semble, aujourd'hui, affecter la biodiversité ne constitue donc en rien une nouveauté.
Pour les paléontologues, le plus décourageant, ce n'est pas que ces milliards de disparitions d'espèces ont laissé la nature indifférente. Ce n'est pas non plus que, à la notable exception des dinosaures, l'homme lui-même s'en moque - comme le déplore David Raup, «l'étude des extinctions d'espèces vivantes ne fait même pas l'objet d'une discipline particulière, avec un nom spécifique». Non, le plus cruel, c'est que, dans l'immense majorité des cas, toutes ces espèces ont disparu sans laisser le plus infime souvenir. «Seules 300000 d'entre elles nous sont connues par des traces fossiles», se lamente Christian Jourdain de Muizon, au Muséum national d'Histoire naturelle. Environ 300000 sur plus de 5 milliards... «C'est comme si vous tentiez de reconstituer un tableau de 3 mètres carrés à partir de quelques dizaines de pixels.» En effet, pour qu'un être vivant dépose une empreinte de son passage - par une sorte de moulage dans une couche géologique -, il faut une conjonction de hasards improbables. Des conditions propices, un terrain sédimentaire, l'absence de remaniements ultérieurs comme une fusion ou un enfouissement des roches. Et surtout la présence, dans la plante ou l'animal, de quelque chose d'un peu solide, comme une carapace ou un squelette. Les molles méduses par exemple, comme tous les autres animaux de même texture, ne se fossilisent que très exceptionnellement : il se peut qu'aient existé d'extravagantes bestioles gélatineuses, qui auraient inspiré les écrivains et les cinéastes, mais dont nous ne pourrons jamais avoir la moindre idée. Quel gaspillage !
«Pour moi, la biodiversité, c'est ceci et rien d'autre, dit Christian Jourdain de Muizon : le cortège infiniment luxuriant de ces innombrables espèces vivantes, apparues depuis près de 4 milliards d'années, et dont pour la plupart nous n'avons aucune idée.» En même temps, on ne peut que se réjouir de ce que la plupart d'entre elles ont débarrassé le plancher (des vaches ou des poissons), pour faire de la place aux suivantes. C'est ainsi que la machine évolutionniste avance. La vie terrienne serait depuis bien long temps morte d'étouffement si, depuis le début - au nom de la sauvegarde des précieux génomes -, des conservateurs écolos avaient pieusement veillé à la perpétuation de chaque espèce. Ouf ! C'est qu'en effet chaque extinction libère des «niches écologiques», dont des êtres vivants flambant neufs s'empressent de profiter. Est- ce à chaque fois forcément un progrès ? Les espèces nouvelles sont-elles plus «perfectionnées» que les précédentes ? Et à l'inverse, ces dernières ont- elles toujours été éliminées en raison d'une infériorité congénitale ? A ces questions, les scientifiques ne peuvent pas répondre. Ils peuvent juste constater que l'extinction a tendance à frapper à l'aveugle, comme un tueur fou qui mitraillerait au hasard. Cela est particulièrement évident dans le cas des extinctions massives qui, au fil de l'histoire de la vie, ont supprimé d'un seul coup la majorité des espèces présentes sur Terre - ceci pour des raisons extérieures à la vie elle-même, car d'origine astronomique, géologique, volcanique : lorsqu'une météorite géante détruit par hasard l'habitat d'une espèce, ou de plusieurs, cela n'a évidemment aucun rapport avec les vertus particulières des bestioles soudainement exterminées. Mais bien sûr, quand les débris sont retombés, cela fait de la place.
Les spécialistes sont d'accord pour compter, depuis les débuts de l'histoire de la vie, cinq grandes extinctions massives - la première il y a 440 millions d'années, et la cinquième (dite «grande extinction KT», pour crétacé-tertiaire) il y a 65 millions d'années. L'une d'elles, la troisième, à la fin de l'ère primaire, fit disparaître d'un coup 95% de toutes les espèces vivantes - dont les 18 750 espèces de trilobites, ces arthropodes bien connus des collectionneurs de fossiles. La dernière, celle qui fut notamment fatale aux dinosaures, se contenta d'exterminer 65% des espèces. Les dinosaures ne furent donc pas seuls concernés mais, on va le voir, c'est peut-être grâce à leur disparition que nous avons le bonheur d'exister - pour combien de temps encore... ? L'extinction suivante, la sixième ? Nous sommes peut-être en train de la vivre. Dans ce cas, ce serait la toute première à se dérouler sous le regard des humains - qui, cette fois, y seraient sans doute pour quelque chose. D'ailleurs cette nouvelle extinction massive supposée, d'un style inédit, se déroule sur une échelle de temps complètement différente, en accéléré - voire en instantané sur le calendrier géologique. Du jamais-vu : à la louche, en un siècle et demi - au lieu des dizaines de milliers d'années sur lesquelles se sont étalés les scénarios des extinctions précédentes. D'où son caractère époustouflant. La grande extinction KT, elle, avait eu besoin de plusieurs millions d'années pour accomplir tous ses dégâts. Son point de départ fut un important refroidissement des océans, peut-être d'origine astronomique (baisse de l'activité solaire, légère modification de l'orbite de la planète... ?) qui s'accompagne d'un important retrait de la mer; le plateau continental se réduit alors considérablement, ce qui s'avère fatal à des millions d'espèces marines. Puis, pure coïncidence, la planète est saisie par quelques milliers d'années d'intenses convulsions volcaniques. Des millions de kilomètres cubes de poussières volcaniques opacifient le ciel, et les dinosaures ne sont pas seuls à tousser. Coup de grâce, ou cerise sur le gâteau ? Une météorite géante (20 à 30 km de diamètre) vient frapper la planète du côté de l'actuel Mexique, ce qui complète l'empoisonnement de l'atmosphère. On préfère ne pas avoir connu ça... Toutes les espèces d'ammonites s'éteignent d'un coup. Ainsi que tous les dinosaures «non aviens» (les autres donneront naissance aux oiseaux actuels), de nombreuses espèces de tortues, et même une bonne partie des petits mammifères d'alors. Mais pas tous. Car quelques- unes de leurs espèces, assez futées sous leurs allures de ragondins primitifs, évoluent de façon diversifiée, pour occuper les niches écologiques libérées. Au bout du compte, grâce à la fameuse «KT», on verra donc apparaître la glorieuse espèce humaine. Mais il n'existe aucune raison de supposer qu'elle dépassera de beaucoup son quota de durée de vie, cette moyenne des 4 millions d'années allouées à chaque espèce. Alors, sommes-nous vraiment en face d'une nouvelle extinction massive ? «De toute façon, dit Christian Jourdain de Muizon, la planète, tout cela ne lui fait ni chaud ni froid. Elle en a vu d'autres. Avec ou sans nous, l'aventure de la vie se poursuivra...»